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“ J'aimais les peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires, la littérature démodée, latin d'église, livres érotiques sans orthographe, roman de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l'enfance, opéras vieux, refrains niais, rythme naïfs. La vieillerie poétique avait une bonne part dans mon alchimie du verbe. „
On va tenter de tout vous dire. On ne peut pas vous jurer d'être drôle mais on vous promet d'être intéressant.
C'est aussi simple que ça s'écrit, « banquet » c'est un banquet. Et aussi complexe que peuvent l'être les grandes réunions familiales, comment réunir et réjouir tout le monde !... Le Banquet du Faisan est ouvert à tous et souhaite se réaliser avec la participation de tous. C'est un événement pour Lille 2004, un grand banquet littéraire destiné à la poésie. Il tournera dans plusieurs villes. Son historique et la manière dont il se déroulera, son chemin poétique et ses préparatifs sont exposés dans les lignes qui suivent. Textes et courriers du projet Faisan. Allez-y et ne vous privez surtout pas d'être curieux, c'est un excellent défaut. Nous espérons vos réactions...
Quelle place à cette occasion pour la poésie ? Quelles scènes pour l'écriture parlée ? Comment concrétiser une présence des auteurs dans ce Nord où s'inventèrent les jeux oratoires, du Jeu de la Feuillée aux Fatrasies d'Arras, des farces médiévales au patois des mines ? Quels mots, quelle langue à la table du banquet Europe ?
Ce fut l'occasion de fêtes grandioses au Palais ducal de Lille décidées par Philippe le Bon, duc de Bourgogne, en 1454. Il promettait le départ aux croisades vers Constantinople. Le banquet fut une prouesse d'abondance et d'inventions. Les invités découvraient des tables spectaculaires à l'image des pays de Cocagne. Entremets où s'agitaient une scénographie vivante et des miracles de machinerie. Tout était réjouissance et l'occasion de créations poétiques déclamées ou d'imageries théâtrales mêlant joyeusement le sacré et le profane. Les poésies savantes succédaient aux fatrasies dialectales, les joutes poétiques aux jongleries.
On peut imaginer des banquets s'organisant à partir d'une fédération des participants. A l'image des fêtes ouvrières du Nord, des associations participent à la préparation des mets. Fêtes où les cultures se rencontrent. Certains banquets s'inventent et se préparent avec leurs participants, d'autres ont vocation à marquer par leur faste et leur organisation.
Dans son principe, le banquet, itinérant, se met à la disposition des circonstances qui favorisent un rapport au livre, à l'écriture et aux déclamations littéraires. Quelquefois elles seront inaugurales, grandioses, historiques et marqueront l'année 2004. D'autres fois elles retrouveront cette évidence des grands repas de famille, cette inoxydable chaleur du Nord, ou ses racines ouvrières, et se feront sous forme de collaboration avec les associations pour l'édification des repas, en partant des propositions du quartier et de la population.
Le Banquet du Faisan veut être avant tout l'occasion d'un festin de mots. La table et les cuisines y trouveront leur fonction culturelle, mais le premier objectif du banquet est la parole, mise en scène.
C'est un lieu de poésie, une scène pour l'écriture et la voix. Et pas question d' y être experts sans être drôles.
Le banquet ne sera pas seulement le temps de la table ou des soirées mais aussi une démarche autour des lectures publiques. Etalé sur plusieurs jours, le banquet devient le prétexte à des salons de lecture l'après-midi, ou de conférences en dehors des soirées. L'utilisation du lieu Banquet peut ainsi ne pas se limiter à la soirée seule. Participeront des partenaires habitués aux actions de lectures, dont les théâtres. Par ailleurs, la scénographie du Banquet permettra d'en faire un lieu d'exposition. (Projet d'exposition du photographe Xavier Lambours sur le Nord et le cyclisme, par exemple).
D'abord et chaque jour cette citation de Rimbaud : J'aimais les peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires ; la littérature démodée, latin d'église, livres érotiques sans orthographe, roman de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l'enfance, opéras vieux, refrains niais, rythme naïfs... La vieillerie poétique avait une bonne part dans mon alchimie du verbe.
N'y voir aucune volonté de servir l'ancien et la tradition. Notre lieu rêvé sera à la fois savant et populaire, croisement d'érudition et de plaisir, inspiré, spontané, ménageant l'hypothèse du ratage et les aspérités de la faute de goût. La construction scénographique serait un vaste oratoire : ensemble de parois et de tribunes permettant des situations de discours diversifiées. Le grand décor peut se fractionner en petits décors d'intervention, en cas de lectures préparatoires au banquet ou lectures mobiles, il peut offrir l'occasion d'un déballage plus ou moins important selon les moyens. Participent à la notion de décor les images, affiches, toiles et panneaux d'annonce entourant les banquets, et l'éventuelle mise en place d'une devanture pimpante aux salles d'accueil.
L'abondance fait presque figure de banalité, aujourd'hui. Il faudrait opposer Carême à Mardi Gras, s'amuser des jours maigres, dire et déclamer la grande bouffe avec trois boîtes de sardines sur la table. L'iconographie rurale flamande est un guide ; retrouver sans doute aussi le plaisir du pain et des frugalités.
Il y a des thèmes aux banquets selon les villes où ils se déroulent, ou les circonstances. Banquets de poésie pour le Printemps des Poètes, ou consacrés à Adam de la Halle à Arras, banquets picards, franco-belges, Maroc, Alger, banquet de la mariée, banquet Europe et accueil des gènois, banquet Villa Mont-Noir, banquet du vélo et de la transmission, banquet Rabelais, banquet de l'accordéon etc.
Poésie parlée, c'est l'objectif de nos marches avec Jacques Darras. Il y a une architecture de la parole parlée
- écrit-il dans Van Eyck et les rivières - qui répond à l'architecture construite...
Nous souhaitons rester associés dans l'évolution du projet.
Jacques Bonnaffé, février 2002.