l'Oral et Hardi
Allocution poétique sur des textes de Jean-Pierre Verheggen. Quelques « soi-disant » mots de présentation qui s'envolent vers des partitions oratoires à n'en plus finir. Le goût du tour de force forain habite ces textes ainsi que leur grande érudition, triviale joyeuse et savante.
Avant de prendre la parole, j'aimerais vous dire ces quelques mots.
D’abord un bain de foule, on serre les mains. On se fait acclamer pour aussitôt protester de sa modestie, gagner la tribune et s’y perdre en circonvolutions poétiques : L’oral et Hardi, discours de campagne d’un éventuel non-candidat probable, parcours entamé au gré des festivals d’été, prolongé en soirée-concert jusqu’à devenir à Paris ville allocution poétique, fin de campagne à la maison… de la Poésie.
La langue m’échappe depuis toujours. Je n’arrive pas à la saisir. Je confonds tout : Freud et Fred, le danseur de claquettes ou, aujourd’hui Tintin et Desmond Tutu, Madame Bovary et Monsieur Bovidé. Ou Tiresias et Mamelle, j’en passe et des plus belges…
Cette mésaventure des lapsus et des sons, cette faute de frappe au bord des lèvres nous ressemble, au Nord. Plus rare est l’idée de s’obstiner dans l’erreur et d’en faire quelque grande chose. Cela donne dans mon coin le personnage de Jules Mousseron — Zeph Cafougnette, celui qui cafouille — joué pendant des années avec La Fanfare. Qui me ramène outre frontière à Verheggen lorsqu’il ajoute Je suis un handicapé de la langue, un languedicapé de naissance.
On peut écrire ce qu’on veut sur l’œuvre de Jean-Pierre Verheggen, qu’elle est grandiose, unique, féconde ou fondatrice, provocante, réjouissante, inégalable, publiée, consultée et reconnue par tous les grands lecteurs de poésie contemporaine ou les vrais amateurs d’art, il reste toujours à la faire entendre. La livrer en scène.
L’oral et Hardi, portrait de l’artiste en hercule de foire, regroupe quelques grands textes étonnants de Verheggen, ses odes homériques, ses harangues, ses transes linguistiques, ses morceaux de brave homme, ses discours manifestes. Jean-Pierre a le goût du grand souffle épique, même quand ses thèmes ont allure de jeux de mots. Marcel Moreau a raison d’écrire qu’il est une sorte de bienfaiteur
et d’ajouter pourtant, il a de quoi faire peur, avec son couteau à découper le vocabulaire, avec sa scie à tronçonner la syntaxe, avec ses tâches de grammaire sur son tablier. Mais voilà, ce n’est pas un boucher.
Verheggen s’est lancé depuis quarante ans dans la grande aventure de l’ouissance, à la fois jouissance de l’oreille et jouissance par l’oreille [selon André Velter], il n’a cessé de mener à bride abattue l’une des plus toniques chevauchée verbale […] Poète phénomène poète énergumène, il est l’inventeur d’un genre nouveau, l’opéra bouche.
C'est une forme d'entraînement sa langue, je suis tenu de m'entretenir maintenant que j'ai réussi quand même à franchir quelques cols sérieux. En toute circonstance on peut déclamer le Verheggen, mais il est plus séduisant encore de le faire à contre courant, et dans les montées. Nous aurons eu la chance de faire intrusion ensemble dans les vrais récitals de poésie, entre Rilke Baudelaire et Adonis. Et ça n'aura pas été finalement pour y faire tâche, contestataire de service, humoriste ou trublion. Jean-Pierre ajoute de la poésie à la Grande poésie, il n'y a pas de langue d'affront, jamais un vers de refus (ce serait un comble !).
BARRE-TOI L’OIE
Barre-t’oie ! Barre-t’oie ! Bouge tes couilles, l’oie ! Fais gaffe à ton foie ! I dégénère de manière dangereusement culinaire ! Du reste, vise ton postère. Tu balaies la poussière quand tu marches, ma chère ! T’arrives même plus à éviter les flaques ! T’es trop grasse ! Et grasse, grasse, grasse, c’est glas, glas, glas pour toi, tu connais la chanson ! C’est : il était ton foie dans l’Sud-Ouest, n’est-ce pas ! C’est western réveillon ! T’as beau cacarder, ton dernier quaquart d’heure est arrivé ! Ton Angelus de Maïs (ou de Milet ou de Blé concassé, qu’est-ce que je sais ? je n’suis pas grainetier !) a sonné, ma vieille ! Tu t’es laissée trop gaver. T’as pris d’la bouteille ! Te voilà cloutée de truffe comme un Christ en croix !
Ah ! ça n’va pas !
Mange moins ou merde. Ou alors fais ton athlète. Dégage. Dégraisse. Dépense tes réserves. Leste-toi de l’artichaut qui te sert de croupion. Cours au cul des canards ou prétexte une bonne indigestion. Fais ta sucrée. Regimbe. Renâcle. Crache sur ta bectance. Fais disette avant les fêtes ! Sans quoi, toi la Reine du Capitole, tu vas finir dans la casserole d’une cantine VIP pour bâfreurs de cholestérol.
Jean-Pierre Verheggen - Editions Gallimard
Commentaire…
Patrick Roegiers, écrivain
J’étais hier soir au premier rang et tu as salué mes guiboles qui traînaient sur ton chemin. Moi je salue ta performance qui n’est pas le mot qui convient. J’ai rarement vu un comédien œuvrer, s’épanouir, s’éclater, s’envoler, s’évaporer, se donner, et tout créer avec autant de réussite maîtrisée et d’autonomie délirante. Lire la suite…
Revue de presse
Jacques Bonnaffé, marathonien des mots. “L'Oral et Hardi”, c'est un solo burlesque et une allocution poétique. L'acteur y hisse haut le verbe singulier de Jean-Pierre Verheggen. Joue avec la langue et se joue d'elle.
Le Point » lire l'article…
Ce comédien de premier plan, mais de seconds rôles, fait le clown à la fois dans le nouveau film de Jacques Rivette, “36 vues du pic Saint-Loup”, et sur scène dans “L’oral et hardi”, de Jean-Pierre Verheggen.
Paris Match » lire l'article…
L'acteur Bonnaffé reprend encore une fois son bâton de pèlerin du verbe avec ce montage, tricoté par luimême, de textes de Jean-Pierre Verheggen, le Rabelais du Nord que rien n'effraie.
Télérama » lire l'article…
Compléments d'information
Crédits photos
Brigitte de Malau et Xavier Lambours
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- l'Oral et Hardi : archive de 16 photos du spectacle, grand format, par Philippe Delacroix, Brigitte de Malau et Xavier Lambours (mentions obligatoires) - 36,9 Mo ;
- l'Oral et Hardi : affiches du spectacle en 20x30 cm et 40x60 cm - 1,6 Mo ;
- extraits tirés du spectacle à travers les différents titres de Jean-Pierre Verheggen anciens ou récents :
- Degré Zorro de l'écriture (édition Babel)
- Entre Zut et Zen (éditions la Différence)
- Ridiculum Vitae et Artaud Rimbur (poésie poche — Gallimard)
- On est pas sérieux quand on a 117 ans (éditions Gallimard)
- Du même auteur chez le même éditeur (éditions Gallimard)
- L'Idiot du Viel-Âge (éditions Gallimard)
- Sodome et Grammaire (éditions Gallimard)






