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Joue moi quelque chose

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Adaptation duo d'une nouvelle de John Berger : l'Accordéoniste. Texte remarquable sur la ruralité. Il est question d'un hiver pourri, d'un gars sur le point de craquer après la mort de sa vieille mère, d'un combat contre la tristesse, de vaches mélomanes et d'accordéon.

Les textes de John Berger sont d'un abord facile, cette trilogie « dans leur travail » a été célébrée comme l'un des écrits les plus forts et vraiment moderne sur le monde rural. Ils peuvent être abordés au collège et au lycée. C'est un base d'échange et de rencontre.

L'auteur est un point de ralliement essentiel. C'est aujourd'hui un homme de 80 ans, son travail sur la campagne réalisé autour des années 80 fut l'un des plus considérable portrait d'un monde en voie d'extinction. Son implication militante marque toute son oeuvre et anime sa réflexion.

Joue-moi quelque chose (collection Points) est certainement à ce jour son œuvre de fiction majeure. Cinq histoires d’amour viennent s’inscrire en contrepoint à la modernisation et à la banalisation de la vie dans un village de montagne. Avec des mots qui ont la force de la simplicité et de la vérité, ces récits content l’amour, l’attachement à la terre, mais aussi la détresse, la mort et l’immense solitude des derniers paysans. Ceux qui, comme Félix l’accordéoniste, n’auront pas de femmes, car quelle femme voudrait de cette vie ? Alors ce sont aussi les histoires du divorce final des hommes d’avec leur terre. Pourtant, si l’on ne connaît le bonheur qu’en de fugitifs moments, pour chacune des destinées de Joue moi quelque chose, il y a encore, au fond de la souffrance, la musique.

La nouvelle l'Accordéoniste est tirée de Joue-moi quelque chose, il est question d'un hiver pourri, d'une invasion de taupes, d'un gars sur le point de craquer après la mort de sa vieille mère, d'un combat contre la tristesse, de vaches mélomanes et d'accordéon. Le récit se passe dans le Jura montagneux, où l'auteur réside.

Le spectacle

Représentation, « mise en représentation », tel est le mot qui nous mène puisqu'au bout du compte on se retrouve au théâtre un soir pour plonger dans la vérité d'une histoire simple, en scène où un acteur est « représentant » de Félix qui vit seul dans sa ferme au plein coeur du Jura, à charge de représenter quelqu'un qui n'est pas souvent joué en scène, un sauvage, un discret. Il y a quelque chose d'énorme à faire vibrer de ce côté là, comme une reconnaissance à des vies ignorées. Félix, « anti-diot » de village à sa manière...

Faire ce travail avec Bertrand Lemarchand, accordéoniste rencontré lors du tournage de la comédie musicale Jeanne et le garçon formidable d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau et le réaliser avec ceux qui s'intéresseraient à ce projet : des écoliers, des amoureux de l'écriture et de la lecture, auteurs, érudits et spécialistes de la campagne, imaginant des rencontres publiques autour de la ruralité et des textes. Se risquer à paraître exégète et sérieux afin d'en rire aussitôt en scène.

Ce spectacle aime se faire avec les spectateurs, c'est une part de son originalité : des pages de l'histoire en scène sont lues par des enfants invités (travail associé à des classes d'élèves) des moments de répétitions sont partagés avec les passionnés de l'écriture, des auteurs, les connaisseurs d'un genre littéraire très en vogue, « le roman de terroir », avec coupures sous forme de conférence publique, apéros parleurs, des musiciens amateurs interviennent aussi, ou des comparses locaux... Le spectacle fait tache d'huile, ce qui n'est pas rare chez les bouffeurs de frites ou autres demi-belges mal confinés. C'est un projet Compagnie Faisan.

L'accordéoniste (extraits)

Nous restions quelques-uns à danser, dont la petite couturière aux longs pendants d’oreilles qui aimait tant s’amuser et travaillait dans une usine où l’on fabriquait des manches de pinceaux en bois. Félix sur sa chaise habituelle, la casquette rejetée en arrière sur son crâne chauve, Félix jouait toujours en battant la mesure avec ses gros souliers. Il jouait, jouait, enchaînant un air après l’autre, comme s’il mettait des tuyaux de cheminée bout à bout qui monteraient jusqu’aux nuages du ciel et finiraient par s’y confondre. Une cheminée de musique ! Et les femmes qui avaient retiré leurs souliers et qui dansaient pieds nus !

La musique exige qu’on lui obéisse. Même notre imagination doit s’incliner. Un air vous tourne dans la tête, et vous ne pouvez plus penser à rien d’autre. C’est un vrai tyran, la musique. Mais en échange, elle offre sa liberté, elle flatte votre corps. Les vieux dansent avec le même bonheur que les jeunes. Le temps s’arrête. Et cette nuit-là, sous les étoiles qui s’éteignaient, nous avons cru quelques instants que nous étions maîtres de nos heures.

Encore une fois “La belle Jacqueline !” lança la couturière à Félix. Ah ! j’adore la musique ! On peut tout dire avec de la musique !

— Sauf à un notaire ! rétorqua Félix.

[…] Ce doit être vrai ce qu’on raconte : qu’au paradis les anges jouent de la harpe, de la flûte et du violon. Mais ce qui est sûr et certain c’est que personne n’y joue jamais de l’accordéon et qu’on y trouve jamais de bouse de vache qui sent l’ail. L’accordéon est fait pour la vie d’ici-bas : la main gauche communique son rythme aux battements du cœur, les bras et les épaules entraînent la respiration et les doigts de la main droite cherchent à tâtons les notes de l’espoir.

Il fallut tout de même s’arrêter. Allons, murmura Félix à son accordéon en se dirigeant vers la porte. Allons, viens, Caroline, il faut rentrer.

Compléments d'information

Crédits photos

Hervé Leteneur et Christophe Manquillé