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Chassez le naturel

Duo danseur-acteur par Jacques Bonnaffé et Jonas Chéreau : propos dansé sur un poème-conférence de Jean-Christophe Bailly réalisé initialement pour Sujets à vif de la SACD en Avignon puis pour le Théâtre de la Bastille. Presse enthousiaste. À partir d’un court livre sur l'animal et le singe, inspiré des peintures de Gilles Aillaud ; un extrait dans la phonothèque de la Cie faisan reprise 2013 en tournée et au Théâtre de la Bastille à Paris dans le 11e, entre le 14 mai et le 9 juin sous un titre nouveau Chassez le naturel.

Comment mettre les pieds dans un texte ? Ne pas réfléchir, se dire qu’il y a urgence. Nous aimons à délier certaines splendeurs empaquetées dans l’écriture. A ce moment là, parler est déjà une danse. Dans ce texte-ci nous sommes confrontés à des pensées aussi captivantes qu’images, mais à vouloir donner corps à des idées, on pourrait se casser le nez ! Attentifs à la précision des mots ou baignés dans leur écoute, cela confère une sorte d’état, nous formerons très vite nos grilles comme on dit dans le jazz, c'est à dire nos alternances, nos réciprocités. Peu d'accessoires, riches de nos seules visions de nos gestes, il y a une relation chamanique au détour des recherches, hors tous détours ancestraux, directe, urgente car tout flamble.

Le Visible est le caché est un petit livre utile et précieux, son sujet n’est pas l’auto-fiction ni un de ses contournements compliqués. On ne parle pas de moi. Je n’est pas le sujet mais l’autre, sauvagement. Et pour une fois Je n’est pas un autre. Il s'éloigne du jeu l'autre. Son éloignement même est le sujet. L’animal détaillé par Bailly est cet autre monde, celui qui apparaît où il se cache, dans le visible. Une connaissance lointaine, étoffée de considérations magiques propices à l’expérience du théâtre, tels ces fragments d’Héraclite d’où sourd l’aphorisme Nature aime à se cacher, chose curieuse à prononcer sur la scène où nature aime à se montrer, où l’on croit se faire voir…

Le visible est l’ensemble de tous les récitatifs qui fabriquent l’apparence. Ce sont des réseaux, des enchevêtrements, des systèmes de marelles infinis, des puissances d’écho, de ricochets. A l’intérieur de ces systèmes qui tous ensemble forment une gigantesque et indéfaisable pelote, il y a quantité de trous, de cachettes, de fils non tirés. Chaque animal habite le réseau des apparences à sa façon, c’est à dire qu’il s’y cache. Le visible recèle le caché. Vivre en effet, c’est pour chaque animal traverser le visible en s’y cachant.

Nature aime à se cacher ; il y a de la philosophie dans ce propos et nous dansons dessus. Dédions à Friedrich ces gaités savantes ! Acteur-danseur à deux liés pour dévider ce poème didactique, méditation sur le naturel et ses dédoublements sémantiques. Invitant le spectateur à cette active contemplation sur la présence animale, à partir de d'un livre à double entrées, deux conférences liées aux peintures de Gilles Aillaud. De mon côté, l'observation de photographies de Eric Pillot aura été un déclenchement, autre relais entre le vivant et la mise en scène. J'aime à faire entendre l'écriture lorsqu'elle a cette portée éblouissante, elle renferme nécessité de la voix haute, incitation à une danse orale, fréquente dans mes travaux antécédents, la question du naturel y surgit de manière propagatrice. Pour étayer cette rencontre duo avec la danse, nous établissons que c'est un jeu d'enfants, ils aiment à se singer… Jouant avec le petit bouquin, quand l'un lit, l'autre singe. Juste cela tour à tour, un savant échange. A la fin on voit deux singes lire.

Dans cette rencontre avec la danse, duo créé au Théâtre de la Bastille et initié pas les Sujets à vifs du festival d’Avignon 2011, Jacques Bonnaffé se saisit d’un manifeste-poème de Jean Christophe Bailly, édité chez Le Promeneur, éditions de La Maison de la Chasse & de la Nature, Le visible est le caché. Forme simple, préparatoire d’un travail plus ample sur Jean-Jacques Rousseau. Pour l’acteur l’écriture donne à tracer dans l’espace, c’est un peu sa façon de penser.

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Crédits photos

Éric Pillot